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Professeure Dr

MILA ALECKOVIC-BATAILLE

Eros gagne-t-il sur Thanatos :

sublimation créative ou retour des symptômes ?

        Les troubles mentaux et la souffrance humaine ne sont certainement pas, par eux-mêmes, la cause, ni nécessaire, ni suffisante des œuvres scientifiques et artistiques, mais la lutte pour les vaincre mène souvent vers la plus haute sublimation psychologique qui donne naissance à une œuvre créative, qu’elle soit artistique ou scientifique.

            Ce mécanisme de défense dans le fantasme et le retour à la réalité, ainsi que la régression au service du Moi, bien décrite par la psychanalyse, sont les armes les plus puissantes de tout pur créateur. D’autre part, chaque créateur connaît ou ressent presque toujours sa nature psychologique profonde, sa personnalité pré-morbide inconsciente, celle qui était son bagage depuis l’enfance. L’artiste, porte en soi une mémoire biologique de la totalité primordiale de sa fusion avec la mère et une sorte de culpabilité inconsciente (Otto Rank) à cause de cette séparation. Consciemment ou inconsciemment, il aspire à la totalité, se tournant vers son archétype psychologique profond et vers l’ensemble, ce qui l’aide à rétablir son identité d’origine. Par son oeuvre il dessine un cercle, il s’éloigne, se retire un instant dans sa propre solitude, après quoi il retourne et fusionne avec l’ensemble qu’il avait dû quitter pour pouvoir créer.

Notre séparation du « tout océanique », séparation d’avec la mère, traduite en  peur anaclitique, porte le traumatisme de la naissance, ce qui génère toute future angoisse existentielle, mais cette mémoire de l’intégrité d’origine reste également la force motrice de notre vie. Pour le créateur elle devient une nécessité, un jeu fatal et inévitable, une « vérité sans antithèse » . Il n’ y a que deux façons pour réinventer ce continent perdu, c’est la poursuite de la fusion avec d’autres êtres, voire avec Dieu, ou la création. « Dieu voit la suite, mais attend », aurait écrit l’écrivain russe Lav Tolstoi. C’est que le travail de sublimation qui est vital pour tout artiste doit être fait.  

Les rêves ouvrent « la voie royale vers l’inconscient », écrivait Freud, et pour les créateurs, cette voie est la plus attrayante et la plus directe, car le passage de l’inconscient vers le conscient reste flexible. Karl Gustav Jung avait considéré comme pathologique non pas tant la puissance de l’inconscient que le schisme radical, la scission entre les actes conscients et inconscients de la personnalité, le manque de contact avec soi-même. Ce que Jung décrit comme le chemin de l’individuation fut dans le passé lointain du 7ème siècle décrit par Saint Maxime le Confesseur de Constantinople, tel le présumé chemin psychologique de la sagesse vers une vraie identité personnelle et collective (l’inconscient collectif étant mentionné par Nikolaï Danilevsky, biologiste et théologien russe bien avant sa naissance dans la théorie de C.G.Yung).

            C’est le moment de se souvenir de certains exemples qui illustrent le mieux le chemin sublimatif de la créativité.

            La structure de la personnalité mélancolique d’un Marcel Proust, qui pouvait déboucher sur une dépression grave, a donné dans sa sublimation les plus belles œuvres de la littérature…«À l’ombre des jeunes filles en fleur», «À la recherche du temps perdu», «Un amour de Swann».… De la même manière, l’écriture représentait un besoin organique , voire le seul salut pour un grand mélancolique, parfois même un homme profondément déprimé que fut Gérard de Nerval.

            Dans son roman «La Nausée». Jean-Paul Sartre donne l’une des meilleurs et des plus détaillées descriptions phénoménologiques de l’expérience de la mélancolie désespérée qui se transforme parfois en une grave dépression. En racontant une histoire sur lui-même, en se confessant, Sartre, à travers le héros d’Antoine Roquentin, décrit le sentiment de répétition douloureuse, du désespoir de l’uniformité et du déjà-vu permanent et nauséabond, jusqu’à une tangibilité presque physique. Il est possible que dans tout le monde littéraire, il n’existe pas de meilleure description phénoménologique de l’état de mélancolie profonde,  en particulier dans sa phase aiguë. Aucun psychiatre ne pourrait mieux décrire cet état que le roman existentialiste de Sartre.

            La mélancolie accompagnait aussi Michel de Montaigne, qui, dans son travail philosophique, traite, bien que cela soit moins connu, le thème de la mort, de la naissance, et du double. Arthur Schopenhauer qui n’a jamais caché une mélancolie frôlant la dépression nous a laissé «La Vallée de larmes»,«Le Monde comme Volonté et comme Représentation», «Métaphysique de l’Amour Sexuel », et «Du Génie».

            Le thème de l’angoisse devant la mort hantait également Sören Kierkegaard,  fondamentalement  mélancolique et probablement à la limite d’une existence non pathologique,  »borderline » dans le langage d’aujourd’hui. En retour, il nous a laissé «Crainte et tremblement» et «Le concept de l’angoisse».

Dans ses mélancoliques «Pensées», Blaise Pascal condamne le refoulement de la pensée sur la mort, voire une évasion imaginaire collective de sa certitude. Ludwig Wittgenstein bien que la majeure partie de sa vie philosophique soit cachée dans la philosophie analytique du langage, écrit à la fin les essais sur le suicide. Déprimé, avec un Surmoi trop fort, conclut dans ses réflexions et ses essais sur le suicide que « nous ne pouvons même pas parler de la mort de manière significative », c’est pourquoi « une vie juste devrait être une vie heureuse et vice versa ». Et de conclure : « la pensée de la mort est en fait une vie malheureuse ».

Martin Heidegger croyait que «L’homme est l’être orienté vers la mort». Le poète Stéphane Mallarmé, profondément mélancolique, hanté par le phénomène de la mort parvient à le surmonter à travers la sublimation poétique ; en quête d’une antithèse au chagrin, peut-être marqué par son nom et mal armé, il parvint tout de même à découvrir un grand secret. : « le monde est fait pour aboutir à un beau livre ».

 Rainer Maria Rilke écrivait que «vivre ne signifie toujours que vivre sa propre mort». Le poète Heinrich Heine habité par la mélancolie se lance à corps perdu dans une auto-psychothérapie en luttant contre une  tristesse tenace  dans son oeuvre   »Le voyage sur le HARC ».

            Volfgang Goethe s’est confié à tout le monde: «La mort d’un être proche pour nous est toujours paradoxale». Mais son héros Werther, c’est-à-dire lui- même Goethe, meurt à travers la souffrance mentale, après quoi suit la catharsis et une victoire sur la mort, sur la tension psychologique interne. La mélancolie qui imprégnait tout ce qu’il entendait conduisait Richard Wagnerà la compréhension du lien profond et de l’union éternel entre la mort et l’amour, entre Eros et Thanatos, donnant naissance à cette musique puissante qu’est «Tristan et Iseult». Rembrandt dans «Le Docteur Faustus» sublime toute son obscurité, sa mélancolie et sa dépression. Sa peinture ingénieuse est enveloppée de couleurs sombres empreintes de mélancolie et d’un jeu d’ombres que seul un grand maître de la toile peut réaliser.

Ludwig Von Beethoven dans la magnifique musique d’ «Eroica» parvient à vaincre la dépression à la fois bruyante et silencieuse, une tristesse sourde qu’il perçoit de tout son corps. Ecouter la sonate Valdstein de Beethoven a pour effet d’ augmenter l’afflux sanguin au cerveau d’environ trente pour cent et les les «Préludes» de Sergueï Rachmaninov ont un effet similaire. N’est-ce pas là une aubaine pour les mélancoliques ? «Dieu a donné la musique pour faciliter le chemin de la vertu», écrivait Saint Basile le Grand au IVe siècle après J.-C., et les pythagoriciens savaient déjà que la musique établit un état d’harmonie absolue dans l’âme.

 Schumann et Tchaïkovski noient la dépression dans les tonalités mineures de leur musique, tandis que le génie de Sergei Rachmaninov culmine dans la mélancolie  de «L’ Île des morts».

            Edgar Allan Poe lutte contre les pensées sombres et dépressives dans la nouvelle «William Wilson», tandis que Lav Tolstoï ne retrouve son calme et ne trouve la paix intérieure du croyant en sortant de la dépression qu’après le roman «Ivan Illich».

            Dans l’idéalisme poétique et la phase dépressive du trouble bipolaire Vladimir Maïakovski de son vivant lance un appel au «futur chimiste» en s’écriant: «Ressuscite-moi d’abord, parce que j’ai tant aimé la vie ! ».

            Le mélancolique Vladimir Yankelevich écrit: «L’homme est un mort éternel». En pensant à la pulsion de mort, Thanatos, Sigmund Freud  ravive la conclusion biblique en concluant à son tour sur le lien entre la mort et la sexualité, ainsi qu’entre la mort et le complexe d’Œdipe qui structure notre petite enfance.

 Auteur de la Bible anthropologique «l’Homme et la mort»  Edgar Morin fut également membre de la famille des grands mélancoliques.

Enfin, si la sublimation créative n’est pas en oeuvre, si elle est bloquée par un manque de force du Moi et un déclin de toutes les fonctions vitales, la structure mélancolique de l’artiste, vaincue par l’instinct de mort, s’abolit finalement par un acte de suicide comme le montre le cas tragique des deux grands poètes et écrivains serbes Branko Miljkovic et Branko Copic. Cependant, la bataille d’Éros contre Thanatos est souvent réifiée dans une fuite collective vers ce qu’on appelle « l’humour noir ». Ainsi, par exemple, en l’an 1999, pendant les bom­bardent de l’Otan sur la Yougoslavie et la Serbie, la création résista à la mort: des dizaines de livres d’humour noir sur la guerre et les bombardements paraissaient dans Belgrade bombardée.

Les artistes mélancoliques aspirent au voyage pour rompre la monotonie du quotidien et pour surmonter la pensée de la mort ; cependant, chaque voyage, chaque départ est souvent vécu comme un départ existentiel, comme une angoisse de la séparation suivie d’une grande tristesse. D’une part, la monotonie mélancolique est insupportable pour le créateur, et d’autre part, les thèmes du voyage, des départs, des changements et des déplacements engendrent souffrance et douleur. Peut-être l’écrivain serbe Milos Tcherniansky a-t-il le mieux compris ce phénomène lorsqu’il a écrit : « La mort n’existe pas, il n y a que des migra­tions’ » .

Outre le travail sur la transformation et la sublimation des impulsions et des processus primaires, les créateurs ont également recours à un autre mécanisme de défense efficace : la régression au service du Moi. Ainsi Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski à travers son protagoniste Raskolnikov et son acte d’assassinat  de la vieille usurière dans le roman « Crime et châtiment » libère une grande tension agressive en lui-même.

            Mais tout cela ne signifie pas que les autres mécanismes de défense psychologique ne sont pas présents. Or, il est certain que ni la régression ni la formation réactionnelle ni la rationalisation ni le déplacement ni la projection ni l’inhibition ni la dénégation, ni enfin l’auto-punition (comme dans le cas de Van Gogh) ne peuvent perturber fondamentalement l’acte même de la création si création il y a.

            La psychose paranoïaque de Franz Kafka a donné naissance à l’ouvrage «Le procès». La paranoïa est alliée , me souviens avoir entendu dire un vieux préfet de police en France…Mais en est-t-elle vraiment ou elle n’en devient que dans une grande œuvre d’art ?

La structure maniaco-dépressive de Nikolaï Vasilievich Gogol a créé les romans «Les âmes mortes et «Auditeur» (Revizor). Gogol passait des mois dans des monastères russes où il se soignait selon une ancienne tradition orthodoxe. La structure schizoïde, mais aussi épileptoïde de Dostoïevski apparaît clairement dans les romans: «L’Idiot», «Le Double», «Le Joueur», «Les Frères Karamazov», et «L’adolescent»… Le personnage principal du roman L’Idiot, le prince Mychkine, n’est évidemment personne d’autre que Dostoïevski lui-même.

La personnalité ‘’borderline’’ d’Albert Camus, mêlée à la mélancolie, nous a légué le roman «L’étranger» qui symbolise le limes vécu par l’auteur lui-même, en tant qu’état psychotique dans la dynamique d’exclusion et d’inclusion.Le complexe d’infériorité névrotique « adlérien» dans lequel Friedrich Nietzsche était piégé a laissé à l’humanitéla philosophie compensatoire du «Surhomme» ainsi que la théorie vitaliste contre les prédicateurs de la mort:  «Par delà le Bien et le Mal», «Ainsi parlait Zarathoustra» et autres chefs-d’oeuvre.  N’est-ce pas  Nietzsche qui écrivait : « si le monde est amnésique, ce sont les créateurs qui ont la mémoire la plus longue »... C’est que ces derniers descendants des âmes no­bles, même aujourd’hui restent beaucoup plus tentés par la verticalité métaphysique que par l’horizontalité do­mestique. L’exaltation créatrice nietzschéenne combat « l’homme du troc, du négoce et de l’échange, l’interprète de l’horizontalité matérielle » pour citer Philippe Forget et Gilles Polycarpe (* „Le réseau et l’infini”, Ed. Economica, Paris 1998) ,  mais cela était déjà décrit par le philosophe russe Constantin Léontiev qui condamnait la Weltanschauung du banquier ou du bourgeois au mieux, contre lequel part en guerre le philosophe au nom du Surhomme idéalisé, ainsi qu’avec lui, probablement tous les créateurs. La perle littéraire d’Illif et Petroff se soulève de son côté contre ce monde sans création, ni visité, ni inspiré, monde au caractère superficiel, dénoncé d’instinct par l’artiste, monde que l’on ne pourrait créditer d’une grande profondeur morale ou autre, car il est douteux que le Salut vienne de lui. L’art se soulève contre la solitude de « chaque homme dans sa nuit » (Julien Green), contre la rapacité au début et à la fin, et Eros de la création nulle part… Car une intuition divine avertit l’artiste dès le départ: là où il n’y a pas de sublimation créative , là où la banalité matérielle devient le seul but de la vie, le non-sens, la déprime et le chagrin suivront. Or, la révolte du créateur aux quatre coins du monde reste exigeante dans son idéalisme de la transcendance où le sacré conserve sa place.

            La névrose obsessionnelle-compulsive du serbe Nikola Tesla, inventeur de l’électricité, a été noyée et transformée dans sa rigueur scientifique. Il vérifiait ses idées de manière obsessionnelle et incessante, oscillant entre le doute cartésien et la vérification empirique newtonienne. Il a également été rapporté dans les témoignages qu’il se lavait les mains vingt fois par jour, mais ce qui aurait dérangé une personne ordinaire, bien sûr, ne dérangeait pas un génie.

Antonin Dvořák, qui avait l’habitude de répéter compulsivement de longues suites de chiffres dans ses gestes rituels, a pu annuler ce symptôme aidé par sa « Symphonie du nouveau monde » où il se demande : « Quelle est cette langueur qui pénètre mon cœur ? ».

Le Syndrome d’hubris de la personnalité de Salvador Dali, son narcissisme mégalomaniaque bien que retenu par un grand talent, nous a donné ses toiles  de souvenirs surréalistes et le livret de l’opéra «Etre Dieu »!

            Enfin, la structure sur les bords paranoïaque du psychanalyste Jacques Lacan était une incitation à démarrer une théorie de d’inconscient qui a complété et, d’une certaine manière, achevé l’œuvre de Freud.

            Egalement, la petite taille de Napoléon associée à son génie de stratège donnera une surcompensation par laquelle il partira à la conquête du monde entier et deviendra le grand Empereur. L’absence congénitale d’une corde vocale et la voix endommagée de Charles Aznavour donnera, par le désir de compensation psychologique, une musicalité douée au timbre et à la couleur caractéristiques. Enfin, comme on vient de le dire, la surdité et la dépression de Ludwig Van Beethoven associées à un énorme talent musical produira un chef-d’œuvre qui transcende toutes les époques.

Il est intéressant de noter que parmi toutes ces structures psychologiques de véritables créateurs, on trouve des névroses et des psychoses affectives, mais très rarement des psychopathies. Ces dernières n’ont-elles pas déjà été supplantées par l’acte même de la transformation créative réussie, par le fait de travailler à la transformation artistique qui ne réduit pas les émotions mais les maintient en vie et les met en avant? Le créateur crée-t-il par sentiment de culpabilité ontologique ou le sentiment de culpabilité se développe-t-il chez lui au cours de la création ?

            Il en va différemment lorsqu’il n’y a jamais eu de véritable sublimation  des pulsions et perversions inconscientes.

La compensation psychologique d’ Adolf Hitler apparemment n’a pas réussi. Bien qu’il eût un certain don pour la peinture, la pathologie l’emporta et toute sa vie ne fut qu’un grand symptôme incurable. Car si dans la plus haute sublimation créative le symptôme disparaît à jamais, dans le «travail» compensatoire inachevé on voit toujours le symptôme initial.

Quant au phénomène récent des nombreux «performeurs» d’aujourd’hui qui revendiquent le statut d’artistes, la question est encore plus complexe. Certains d’entre eux se livrent à des rituels sanglants (appelés « sataniques ») qu’ils présentent comme de la créativité. Certes, la créativité peut être colorée de la couleur du sang, non pas comme un jeu avec la mort, mais comme une véritable sublimation de la douleur. L’oreille coupée de Van Gogh sur sa toile évoque elle aussi le sang, mais son œuvre ne saurait être mise sur le même plan que, par exemple, le sacrifice d’un coq lors d’une performance  « créative ». Il s’agit simplement de niveaux psychologiques différents. Les structures de la personnalité qui n’ont jamais réussi à atteindre une véritable sublimation sont le meilleur exemple de cette usurpation du terme  «créateur ». Les « artistes », sans élan ni talent, se refusant à affronter l’absence de la vraie motivation (ou cause première) créatrice sans laquelle le symptôme n’est jamais effacé ni supprimé, dans ses performances croient jouer avec la mort. Mais leur jeu avec la mort n’est pas libérateur , il n’est pas l’angoisse de la mort sublimée et vaincue  mais demeure une perversion qui se nourrit d’elle-même dans l’impossibilité de jamais se comprendre. Ce jeu n’est que l’excès de simulacre qui, loin de purifier l’âme de l’artiste, la trivialise et la pollue davantage. Il ne ramène pas le diabolique au symbolique car il ne symbolise rien. Le faux artiste parle à tort, hors lieu et hors vérité. Son jeu dangereux, sans sublimation, devient l’objet idéal de toute manipulation ou exploitation du symptôme pathologique : la fausse créativité ne reste qu’une expression psychopathologique qui n’a pas pu assumer sa propre dénomination.

 Flirter avec des symboles nécrophiles, surtout s’il ne s’agit pas d’un tableau de talent, d’une poésie mortuaire ou d’une œuvre musicale sur le thème de la mort, est en fait un « passage à l’acte » incontrôlé dans la simple envie de choquer, de dégoûter ou d’effrayer. La différence entre un nécrophile qui copule avec un cadavre et un « artiste» qui « couche » avec  un squelette, réside uniquement dans la dose d’exhibitionnisme et de narcissisme. Mais l’exhibitionnisme ne fait pas de l’art. Là les choses sont simples : s’il n’y a pas de sublimation créative, jouer avec la pulsion de mort avec des symboles nécrophiles, cadavres, squelettes, peau dénudée et organes percés, sang rituel des animaux (ou encore pire des enfants) n’est pas de la créativité, mais un état limite, une régression psychopathologique vers les scènes antiques de sacrifices humains et animaux de notre passé anthropologique.

Cependant, la créativité emprunte d’autres voies. Sur le chemin de la douleur et de la souffrance, la sublimation créative peut préserver la dignité de son auteur. Elle peut aborder la mort, la peur, l’horreur ou la disparition sur une véritable toile avec sa force persuasive qui n’est pas une performance narcissique mais une empreinte historique universelle.

l’œuvre de l’artiste Sava Nikolic Grazdanski (dont la famille a été tuée pendant la Seconde Guerre mondiale) à l’expression personnelle affirmée, influencé dans sa jeunesse par Rembrandt et Goya

Une œuvre de la seconde phase de l’artiste Sava Sava Nikolic Grazdanski

Portrait de la poétesse et écrivaine yougoslave et serbe Mira Aleckovic, œuvre de l’artiste Sava Nikolic Grazdanski (père de l’auteure du texte)°

° Puisse cette subjectivité être pardonnée.

            Il est temps maintenant de conclure ce petit plaidoyer pour les créateurs. Le travail d’une heureuse sublimation psychologique est le seul qui restaure l’identité humaine, à la fois individuelle et collective. Quelle que soit la psychothérapie à mettre en œuvre avec nos patients, en signe de deuil ou réjouissance, notre pratique psychothérapeutique conduit de façon immanente à l’art-thérapie comme l’additif existentiel nécessaire et la forme la plus complète du tout traitement de l’âme humaine.

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Prof.Dr Mila Aleckovic (Bataille)

Comes from a family of artists and doctors. After graduating from high school M.A.B. studied clinical psychology (Belgrade) with medicine and philosophy (Paris). Even a student, she translate and organize cognitive and mathematical unpublished essays by Jean Piaget (which prints Nolit: « The origin of knowledge »). She was admitted in High School ( Ecole des Hautes Etudes in Social Sciences, EHESS) in the class of Pierre Greko (Pierre Greco), the successor to Jean Piaget, the Faculty of Psychology of intelligence.


Thereafter M.A.B. goes to the University of Pennsylvania in Philadelphia. On the way back to France, she received a master’s degree, and then the doctor degree at the University of the Sorbonne in 1994 with the work: The concept of the unconscious in modern psychological theories, defended before the Commission of the Sorbonne, Heidelberg and Oxford, as well as the Parisian public (PhD defended in front of a full auditorium ).

Her work is estimated as: Très Honorable.
Then M.A.B specializes anthropological Psychology/Psychiatry and completed a course of neurological psychology.

M.A.B. a visiting professor and guest at the universities and institutes around the world and the author of over 150 scientific papers in several languages and several books.

-She is a member of the World Society of Psychopathology of expression and art therapy SIPE/AT (Société Internationale de psychopathologie de l’Expression)

-M.A.B. is a member of « Mileva Maric Einstein » Science Association (on her mother’s side, she is from the Mileve Maric Einstein family)


  • ARTIN-EXCOFFIER L., SCHILTZ L. et SUDRES J.-L. (2022). L’art-thérapie et les adolescents : clinique d’une évidence. Perspectives Psychiatriques, Vol. 61, n°1, Janvier-Mars 2022, p. 84–92.
  • MAOZ Z., RICH S., SUDRES J.L. et BOUCHARD J.P. (2022). L’accompagnement psychologique de patients Covid long lors d’un séjour de rééducation. La Revue de l’Infirmière, n° 284 ; 26-28.
  • BORDET A. et SUDRES J.L. (2022). Art-thérapeute  : qui es-tu vraiment ?. Artension. Hors-série Numéro 33 ; p 26-27.

Practitioner perspectives on art therapy with couples in relational crisis: a qualitative exploration

Maria Fjellfeldt & Dalida Rokka

https://doi.org/10.1080/17454832.2022.2096087


Recent art therapy news in Hungary


Dr Prof. Mila Aleckovic-Bataille

Le seul fait que l’un des fondateurs de la Société Internationale de Psychopathologie de l’Expression et de l’Art thérapie soit le professeur Jean Delay suffit à créer le respect mondial de notre association même chez des personnes qui ne savent pas ce que c’est que la psychopathologie de l’expression ou bien l’art-thérapie. Dans les pays d’origine slave, et en Serbie en particulier, au cours de l’histoire, les médecins appartenaient souvent à diverses sociétés artistiques, le plus souvent ils chantaient dans une chorale ou étaient peintres artistes ou écrivains. Surtout dans la tradition historique serbe, ceux qui ont étudié la médecine étaient généralement aussi des écrivains distingués ou même des poètes. Un des plus grands poètes, pour enfants Jovan Jovanovic – Zmaj fut médecin au départ. Ceci est propre à la tradition historique dans tous les pays d’origine slave, si bien que la médecine et la guérison étaient souvent vécues comme un don et un art. L’ancien pouvoir magique des médecins semble être resté dans le subconscient des populations. Dans la tradition ukrainienne et russe, le médecin s’appelle de nos jours vrach (врач), ce qui signifie littéralement le bon sorcier.

Toute cette tradition historique a créé les conditions préalables pour que la psychopathologie de l’expression et l’art-thérapie aujourd’hui soient vécues comme quelque chose de très positif, noble et désirable.

Situation actuelle

Dans l’espace de l’ex -Yougoslavie et en Serbie en particulier, l’intérêt actuel pour l’art thérapie est considérable, tant dans les milieux professionnels de nos confrères que chez les artistes ou les patients. Après notre Congrès conjoint de la SIPE à Belgrade en 2015, cet intérêt a encore grandi. Les chaînes de la télévision à Belgrade ont maintes fois diffusé le reportage sur notre Congrès.

Les étudiants de diverses facultés à Belgrade s’intéressent particulièrement à l’art-thérapie et demandent souvent qu’un tel cours optionnel soit introduit dans leur faculté. Mes étudiants ont par exemple réussi à choisir un programme appelé « psychopathologie et créativité » comme matière optionnelle dans le programme des études master.  Sur les murs intérieurs du principal hôpital psychiatrique de Belgrade, il y a des dessins de patients à travers lesquels leur guérison a été contrôlée.

Le contact avec les artistes est encore mieux. Que ce soient musiciens, artistes peintres, sculpteurs poètes ou acteurs de théâtre, leur passion pour la psychothérapie immanente à travers la création est connue. Dans une émission télévisée que je réalisais à l’époque au nom de : Création et immortalité j’ai discuté avec des artistes illustres de Serbie du sujet de la psychopathologie et l’art. Cette suite d’émissions a montré au public le grand intérêt que les artistes portaient pour la psychologie, psychiatrie et psychothérapie.

Au final, je dirais que je suis convaincu que la mission de la SIPE et de tous ces braves médecins, psychothérapeutes, chercheurs, artistes et sympathisants dans notre famille humaniste a de l’avenir, en particulier à l’international.  En tant que représentante pour la région de l’ex Yougoslavie et notamment pour la Serbie et en étant à cheval entre la France et la Serbie, je crois pouvoir trouver le sol très fécond pour la création au service des patients et notre désir sincère de guérir l’âme humaine.

Professeur des Universités, Spécialiste de la psychiatrie anthropologique et neuropsychologie, Docteur en philosophie, Docteur en psychologie clinique médicale (Université de Sorbonne)

Membre de la SIPE, Société Internationale de Psychopathologie de l’Expression

Psychothérapeute,

Pediatric expert


1er Séminaire International SIPE-AT

Toulouse, 8 Novembre 2022

Les Jeunes Professionnels de l’Art-Thérapie : Qui sont-ils ? Que font-ils ?


Henryka Lesniewska

Docteur en psychologie, Neuropsychologue, Art-thérapeute, Auteure

Dernier ouvrage paru :


Mathilde Fragonas & Jean-Luc Sudres viennent de publier en ligne dans la revue Annales Médico-Psychologiques l’article :

“Art-thérapies et Mineurs Non Accompagnés : indications, dispositifs et efficacités”

(Art-therapy and Unaccompanied Minors : Indications, treatment and efficacy)

Dans le cadre d’une Recherche menée à l’Université Toulouse Jean-Jaurès (Equipe CERPPS) nous explorons « La Prise en charge des Mineurs Non Accompagnés (MNA) en France ».
Vous travaillez/exercez actuellement auprès de MNA ? Vous pouvez participer à cette recherche, il suffit simplement de remplir le questionnaire ci-dessous :

https://enquetes.univ-tlse2.fr/index.php/323774?lang=fr

Vous pouvez directement nous contacter :
Mathilde Fragonas : mathilde.fragonas@univ-tlse2.fr
Professeur Jean-Luc Sudres : sudres@univ-tlse2.fr


La Revue de l’Infirmière – Juin 2025

Un fichier PDF de l’article publié « Interroger la place des médiations thérapeutiques dans les pratiques soignantes »  (Questioning the place of therapeutic mediation in care practices) de Catherine Monfort et coll. peut être consulté et téléchargé à cette adresse http://authors.elsevier.com/authorform/service/offprints/pdf/REVINF2422/541d4670c0415eccacd14f50ee3114

Résumé

“Interroger la place des médiations thérapeutiques dans les pratiques soignantes”

Afin de contribuer à documenter les conditions requises pour mettre en oeuvre un atelier
de médiations thérapeutiques et ses résultats, l’Afar (action, formation, animation,
recherche) a réalisé une enquête auprès de professionnels formés aux médiations
thérapeutiques.
Cet article restitue les résultats obtenus concernant les conditions
qui ont permis la mise en oeuvre, après une formation aux médiations thérapeutiques,
d’ateliers auprès d’enfants, d’adultes et de personnes âgées recevant des soins psychiatriques
et leurs impacts sur les patients, les familles comme les équipes.

Summary 

Questioning the place of therapeutic mediation in care practices.

To help document theconditions required to implement a therapeutic mediation workshop and its results, Afar (action, formation, animation, recherche) conducted a survey of professionals
trained in therapeutic mediation. This article presents the results of the survey on the
conditions required to implement therapeutic mediation workshops with children, adults and elderly people receiving psychiatric care, and their impact on patients, families
and teams.